NAISSANCE DU JOUR, 1982, 175x240cm, Édith Morin lissière.
Cinq ans après la grande exposition d’Art Sacré de 1947, Jorj Morin est sollicité pour la création de trois grandes tapisseries destinées au chœur de l’église du Grand Auverné (44). Ces trois tapisseries constituent le début d’une profonde coopération avec les ateliers de Haute Lisse de Jean Plasse Le Caisne, avec lequel Jorj Morin réalisera sept autres tapisseries jusqu’en 1965. En 1968, Morin entre à la galerie La Demeure, à Paris, galerie réputée pour son action en faveur de la tapisserie. Sa directrice, Denise Majorel, lui fait connaître Pierre Daquin à la tête des ateliers de Saint-Cyr. De ces ateliers, puis de ceux de l’École Régionale des Beaux-arts d’Angers dirigés par Pierre Cartron, sortiront plusieurs dizaines de tapisseries d’après les cartons de Jorj Morin. Enfin, la lissière Édith Morin, fille de Jorj Morin, tissera treize tapisseries dont les dernières, MATIN FRAGILE, et NAISSANCE DU JOUR traduisent la recherche d’une nouvelle lumière, diaphane, comme celle qui s’exprime dans les lavis des aquarelles. Une rétrospective de cette œuvre s’est tenue en 1991 au Musée Jean Lurçat d’Angers.
CONVERSION DE SAINT PAUL, 1953, tapisserie 170x275cm, ateliers Plasse le Caisne
Le premier projet de tapisserie de Jorj Morin est de grande envergure. Le triptyque sur la passion du Christ qui lui est commandé par l’abbé Bourcier doit orner le chœur de l’église du Grand Auverné (44). Pour cela il rend visite à l’un des lissiers les plus importants de cette époque : « La famille Plasse Le Caisne - le père, la mère et une fille travaillent ensemble - est bien connue dans les milieux d’art. Elle a déjà réalisé de nombreuses compositions d’artistes contemporains tels que Gleize, Manessier, Le Moal, Bazaine, Olin, Zack et d’autres. Une visite à leur atelier a tout de suite fixé mon choix. Leur technique était tout à fait celle qu’il me fallait… Ils ont interprété mes cartons avec une intelligente fidélité, allant pour ainsi dire au devant même de mes plus subtiles suggestions. Après quelques essais, je n’ai eu qu’à leur faire confiance. » J. Morin Ouest-France, 9 mars 1954.
LA CÔTE SAUVAGE, 1971, tapisserie 140x200cm, Lissier P. Daquin.
Plus tard, Jorj Morin sera mis en relation avec le lissier Pierre Daquin, à la tête de l’atelier Saint Cyr, par l’intermédiaire de Denise Majorel, de la galerie La Demeure à Paris. Parlant d’une exposition des œuvres de ce lissier, le critique d’art Frank Elgar écrit dans le journal Carrefour en 1972 : « Afin d’éviter les temps morts et de faire vibrer les surfaces colorées, c’est avec une extrême habileté qu’il use alternativement des gros et des petits points, des aplats et des reliefs, des trames fines ou en cordes de chanvre. Ainsi les thèmes proposés par les peintres deviennent des compositions très vivantes. Je songe particulièrement aux tapisseries de Gleb, Guansé, Ubac, June Wayne, à celle aussi de Jorj Morin (CÔTE SAUVAGE), un chef-d’œuvre de grâce et de subtilité dans la plus grande sobriété. »
COMBAT POUR LA VÉRITÉ, 1972, carton 17,6x24cm, tapisserie 325x450cm, Palais de Justice de Beauvais.
« La tapisserie - COMBAT POUR LA VÉRITÉ - a été tissée par l’Atelier Saint Cyr. Le motif, presque calligraphique, développe en souplesse ses bleus, ses noirs, ses bruns et ses gris sur fond blanc. Les points de grosseurs différentes, déterminent de légers décalages de niveau dans la trame. Il en résulte une animation des plans qui se propage à l’ensemble de la surface. Ici en parfait accord, conception et technique dépassent l’effet décoratif, car il se dégage de l’œuvre un sentiment poétique très pur. » Frank Elgar, Carrefour, 1972
< LANCELOT, 72, tapisserie 173x78cm, lissier P. Daquin > RETENIR LE SOLEIL, 71, tapisserie 133x213cm, lissier P. Daquin
Avec Pierre Daquin, Jorj Morin réalise une première tapisserie L’INVITATION AU SILENCE, dès 1969, puis une seconde L’HERMITAGE en décembre de la même année. Pierre Daquin tissera en 5 années, 18 tapisseries : SOLEIL ÉCARTELÉ, LE SECRET, SOUVENIR DE MER, RETENIR LE SOLEIL, LANCELOT …
SOLEIL ÉCARTELÉ, 1970, tapisserie 135x180cm, lissier P. Daquin,
Les années 70 marquent le point culminant d’une période qui a vu un très grand rayonnement de la tapisserie, en France et dans de nombreuses expositions internationales. Avec la galerie La Demeure, Jorj Morin participe à de nombreuses manifestations nationales et internationales, avec les plus grands cartonniers de cette époque : Grenoble, 1970, « Tapisseries du XIVe au XXe siècle » ; Paris, 1972, La Demeure, « Des peintres, un lissier » ; New York, 1972, « The forum gallery » ; Saint-Quentin, 1975, « Quelques tendances de la tapisserie contemporaine » ; Le Touquet, 1975, « La tapisserie, art tactile ».
< PETITE FLEUR BLEUE, tapisserie 102x104cm, lissier P. Cartron. > QUATRE AGATES, 1975, tapisserie 157x72cm, lissier P. Cartron.
Sous l’œil attentif de Pierre Cartron, soucieux et exigeant quant à l’interprétation et à l’exécution de l’œuvre en cours, les élèves de l’Ecole Régionale des Beaux-arts d’Angers tisseront, notamment pour la préparation de la Rétrospective de 1975 à Nantes, 11 tapisseries : MASQUE BLEU, LE MOULIN POINTE, SPIRALE 1, BETELGEUSE, PETITE FLEUR BLEUE, QUATRE AGATES… De son coté, Pierre Cartron, utilisant des matériaux précieux, tissera 2 mini tapisseries : SIGNES BLEUS (10x9cm), PETITS LOSANGES (17x8cm), et l’ERBA en tissera 2 autres encore plus petites.
A propos de la tapisserie, Jorj Morin disait retrouver dans l’enchevêtrement ordonné des fils de chaîne et de trame, dans les valeurs et les points, ce qu’il éprouvait en écoutant une cantate de Bach, l’entrecroisement des voix et la complexité mélodique du chant. Comme l’œuvre tissée par le lissier et le peintre.